Review of The Invisible Man Returns (1940) by Jérôme V — 19 Feb 2010
Ã? la fin des années 1930, les Laemle ont vendu la Universal. Là où Carl Laemle Jr avait une vision du cinéma dâ??épouvante considéré comme un genre artistique à part entière, allant jusquâ??à offrir des contrats à ces artistes allemands (Karl Freund nous vient immédiatement à lâ??esprit) à qui nous devons une large part du vocabulaire cinématographique du genre. Sous la tutelle de ce producteur, des chefs dâ??Å?uvre immortels de lâ??horreur ont vu le jour; autant de raisons pour lesquels lâ??amateur du cinéma dâ??épouvante sera sans aucun doute éternellement reconnaissant envers Mr Laemle Jr.
Ses successeurs nâ??ont malheureusement pas fait preuve dâ??autant de vision. Lâ??horreur devient un véhicule de pure exploitation et le cycle débute avec Son of Frankenstein et se poursuit inlassablement jusquâ??à ce que le spectateur suffisamment patient ait pu faire connaissance avec les filles et fils de chaque créature en plus dâ??avoir eu lâ??occasion de visiter leurs « maisons ». Bien que la plupart des films dâ??horreur de la Universal à cette époque soient très divertissants, ils ne sont cependant pas de taille à rivaliser avec les grands films dâ??horreur des années 1930 (avec la possible exception de The Wolfman, il faut plutôt, à cette époque, se tourner vers la RKO qui, sous lâ??égide de Val Lewton, produit certains des plus grands films dâ??horreur de tous les temps et du coup modifie radicalement le vocabulaire du genre).
Malgré tout ses mérites, The Invisible Man Returns a donc ce vernis dâ??exploitation. Paru quelques 6 ans après la sublime adaptation de James Whale, cette suite présente un Vincent Price dans le rôle dâ??un riche héritier qui, dans le couloir de la mort pour un crime quâ??il nâ??a pas commis, réussi à convaincre un de ses amis de lui donner de ce fameux élixir qui rend invisible afin de sâ??échapper. Commence alors sa quête de la vérité et de la reconquête de son Amour (très belle Nan Grey) alors que, comme Claude Rains dans le premier volet, Price voit son esprit sâ??étioler sensiblement vers la folie.
Ce sont là de superbes prémisses et, à la décharge du scénariste Kurt Siodmak (également scripteur de The Wolfman qui sort la même année), il y a suffisamment de nouveauté dans son scénario pour laisser un parfum de suite sans but. Dès lâ??ouverture du film, le spectateur est mis devant le fait que Price doit bientôt payer pour son crime. Une telle ouverture dramatique est dâ??une grande rareté dans le catalogue de la Universal. De plus, tous les acteurs présents sâ??acquittent magnifiquement bien de leur tâche, permettant dâ??élever ce film au-dessus des standards de la compagnie à lâ??époque.
Le problème majeur de ce film est peut-être dû à une réalisation sans saveur particulière et, bien entendu, nâ??arrivant pas à la cheville de James Whale. Mais câ??est un peu injuste de faire cette comparaison. Les effets spéciaux (nomination aux oscars à lâ??époque) sont très réussis et, contrairement à son prédécesseur, le scénario nâ??est pas un prétexte pour en mettre plein la vue à ce niveau. Le rythme du film est constant et rarement ennuyant. Mais on ne joue plus dans le monde étrangement « rêveur » des films précédents (alors que, pourtant, la Universal avait à son service des réalisateurs qui avaient une signature particulière à ce niveau, tel Rowland qui campe Son of Frankenstein et Son of Monte Cristo dans des décors exubérants et baroques ou George Wagner qui donne à Wolfman un vernis de rêve gothique avec son brouillard omniprésent et son intemporalité) ni dans la lumineuse mise en scène inspiré de lâ??expressionnisme. Ce qui fait que lâ??ambiance générale de ce film se rapproche plus du film policier que du fantastique et nuit un peu au plaisir quâ??on peut y avoir.
Reste un Vincent Price en pleine forme (ce nâ??est pas un de mes acteurs fétiches pour rien!), un vilain tout à fait intéressant et bien joué par Sir Cedric Hardwicke (la scène de sa mort lente en est une dâ??anthologie) et un scénario solide de Kurt Siodmak aux explorations thématiques suffisamment fascinantes pour susciter lâ??admiration. Dommage que la réalisation soit autant de métierâ?¦ nous étions proche dâ??un autre grand film dâ??horreurâ?¦.
This review of The Invisible Man Returns (1940) was written by Jérôme V on 19 Feb 2010.
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