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Review of by Alexandre R — 28 Jul 2009

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À la fin des années 20, Fritz Lang n'est déjà plus le grand réalisateur qu'il a déjà été. L'échec retentissant de Metropolis et de Frau im Mond, en plus de la relative indifférence avec laquelle le public a reçu Spione, le place dans une position un peu désagréable. Ses accords avec la UFA étant rompus et sa compagnie de production s'étant écroulée, il n'a plus les moyens financiers pour réaliser une autre méga-production. Inspiré de l'affaire du "vampire de Düsseldorf", meurtrier en série arrêté en mai 1930, ainsi que d'une panoplie de cas semblables sévissant en Allemagne à l'époque, Lang rédige avec sa femme le scénario de M, qui deviendra sans doute son plus grand film. Le réalisateur envisageait cette oeuvre comme un "petit film", qu'il tournera d'ailleurs à petit budget en un modeste six semaines.

L'ère du cinéma parlant est bien entamée, et Lang décide de s'y adapter. Mais loin de souffrir de la lourdeur des techniques de sonorisation qui font des premiers "talkies" de petites productions au rendu théâtral, M fait figure de pionnier et démontre une fois de plus toute l'audace et l'intuition dont Fritz Lang fait preuve. Le son est ici utilisé comme élément dramatique. Par exemple, lorsque l'aveugle se bouche les oreilles pour ne pas entendre le sifflement horrible de Beckert, le public ne l'entend pas non plus. Puis lorsque le silence complet et anormal de la rue est rompu par un sifflet autoritaire, le spectateur est automatiquement placé en position d'attente anxieuse, se préparant pour quelque chose de significatif, voire même de grave. Lang utilise également les dialogues comme moyens de faire des raccords entre les scènes, en poursuivant par exemple la phrase d'un passant au sujet de l'affiche de rançon du meurtrier dans une autre scène où il se trouve autour d'une table, et ce sans effectuer de cassure sonore. Cette technique permet également une grande économie narrative et se révélera essentielle à l'art cinématographique tel qu'on le connaît aujourd'hui.

Le sifflement du meurtrier Beckert est d'ailleurs d'une grande importance, puisqu'il s'investit d'un puissant pouvoir de suggestion et se révèle être un accessoire de premier plan dans le déroulement de l'intrigue. Encore une brillante utilisation du son de la part de Lang. Mais ce qui frappe également dans M, c'est la psychologie des personnages qui est développée avec un grand réalisme. Plutôt que de dépeindre le meurtrier comme un imbécile dégénéré, Lang le présente sous les traits d'un homme malade mais intellectuellement capable. Sa présence plonge la ville dans la paranoïa la plus basse. Chacun est prêt à accuser l'autre. Un vieillard qui parle gentiment à une petite fille devient la cible d'un tribunal improvisé qui le condamne d'emblée. La pègre même se mêle de la course folle pour mettre un terme aux interventions incessantes et dérangeantes des policiers. Tous se réunissent dans le seul dessein d'attraper le tueur et de venger le meurtre des enfants de la seule façon possible: l'éliminer.

Ce qui nous mène à la scène finale, le procès de Beckert devant le tribunal de la pègre, d'ailleurs composé en partie de véritables criminels (24 d'entre eux seront emprisonnés d'ici la fin du tournage...). Peter Lorre, que l'on retrouve ici pour la première fois à l'écran dans un rôle principal, surpasse à peu près tous les acteurs ayant incarnés des meurtriers psychopathes dans l'histoire du cinéma. La puissance de son jeu est inouïe. Ses mimiques expressionnistes projettent les émotions au travers de l'écran pour percer d'un seul jet l'esprit et le coeur du spectateur, ce qui fait de son monologue final un véritable monument. Un type de jeu qu'on ne voit plus de nos jours et sur lequel plusieurs aspirants comédiens devraient se modeler. Il y a dans tous les films de suspense modernes et moins modernes des traces de M. Tout ici est suggéré, mais suggéré avec tant d'adresse que l'absence de violence à l'écran est plus efficace que si tout était montré. L'intrigue est simple mais percutante. Un chef-d'oeuvre incontournable, une leçon de réalisation pour tout aspirant metteur en scène, un film colossal et étonnant.

This review of M (1931) was written by on 28 Jul 2009.

M has generally received very positive reviews.

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