Review of Red River (2011) by Danielle K — 25 Mar 2010
Il est temps que notre vision post-moderne du cinéma cesse de maintenir lâ??illusion que Sergio Leone a inventé lâ??anti-western et son héros non-conformiste. Il nâ??a été, en fait, que la continuation logique dâ??un courant de plus en plus fort de remise en question de lâ??esthétisme classique du western qui prévalait déjà largement dans les années 50 aux Etats-Unis. Et, dans ses meilleurs rôles, John Wayne préfigurait déjà les figures mythiques de lâ??anti-héros si cher à la mode « spaghetti ». Presque 10 ans avant quâ??il ne joue les rôdeurs racistes dans le superbe The Searchers, Wayne a été Thomas Dunnson, un propriétaire de ranch obsédé par lâ??appât du gain et le contrôle des hommes dans Red River.
Un western hors-norme sâ??il en est un, Red River se penche sur le capitalisme, les rôles masculins et les conflits de génération à travers une histoire simple de transport de bétails à travers lâ??Ouest. Le fait de retrouver la quasi-totalité de la traditionnelle troupe de John Ford laisse présager un film aux images époustouflantes, dans lequel percera un sens profond du communautarisme. Mais Howard Hawks a dâ??autres visées (Hawks est celui qui nous a donné, Dieu merci!, le subversif Scarface dans les années 1930).
En effet, Hawks est plus intéressé par les individus que par la communauté; il suit avec une précision absolue le fil de son récit et, inexorablement, presque sans pitié (une de ses signatures est de faire des dialogues par dessus les dialogues, autant pour maintenir un effet de suspense que dâ??accélérer le rythme dâ??une histoire qui, de nos jours, prendrait bien 3 heures à être raconter!) il nous amène vers lâ??inévitable confrontation finale. Ce récit quasi épique, faite de grande chevauchées, mais aussi de tragédies (il débute de façon magistrale avec un tel élément pour camper le personnage de Wayne dans un passé troublé) et de trahison (Red River a souvent été considéré comme étant Mutiny on the Bounty mais dans un contexte de western) est bourré de personnages intéressants : outre le vieux propriétaire de ranch, dont lâ??interprétation superbe de Wayne est dâ??une maîtrise parfaite, lâ??acteur lâ??amenant lentement mais avec une sublime assurance vers les abîmes de la folie, on trouve son jeune acolyte et ancien protégé, Matthew Garth (joué avec panache par Montgommery Clift) qui devient le héros qui trahie et qui protège à la fois son impitoyable adversaire, Dunson (qui lui aura également tout appris); le pistolero, Cherry Valance (John Ireland) qui comprend vite les nécessités de la vie dans lâ??Ouest et nâ??hésite pas à changer dâ??allégeance pour survivre (une scène suave où celui-ci compare son pistolet avec celui de Clift est une allusion à peine déguisée sur la relation homosexuelle des deux acteurs); surtout, la femme fatale, belle Joanne Dru, est sans aucun doute lâ??un des personnages féminins les plus intéressants à avoir traversé un western : belle, intelligente et pleine de ressources, elle a la personnalité forte dâ??une femme qui doit survivre dans un monde dâ??homme. Ce qui amène Red River à sâ??aventurer sur des terrains inusités pour un film qui obéit au Code Hay.
En programme double avec The Searchers, Red River fait la preuve que le western savait déjà se réinventer avant lâ??arrivée iconoclaste des Italiens (et que John Wayne, qui joue dans les deux films, est un grand acteur de sa génération, peu importe ce quâ??en pense le commun des mortels qui nâ??a, du reste, pas vraiment vu ses films). Le film de Howard Hawks, qui bénéficie dâ??un scénario intelligent et de prestations sublimes, est à classer parmi les grands films du genre; une aventure enlevante, menée de main de maître par la direction précise et inventive de Hawks (qui sâ??intéresse davantage à mener son récit quâ??à montrer les paysages de Monument Valley) et qui se termine étrangement, presque en se moquant dâ??elle-même (la scène finale est totalement hors du ton habituel du film!). Un grand film américain (car il y en a!) qui se laisse redécouvrir comme une pure merveille!
This review of Red River (2011) was written by Danielle K on 25 Mar 2010.
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