Review of You Only Live Once (1937) by Nicolas A — 14 Jan 2009
C'est l'actrice Sylvia Sidney qui convainc Lang de se lancer dans la réalisation de You Only Live Once, une production de Walter Wanger, qui lui promet d'emblée de ne pas lui imposer de happy end. Cette fois, c'est le système judiciaire qui en prend pour son rhume. Eddie Taylor, relâché de prison pour la troisième fois, se promet de vivre une vie honorable avec sa femme Joan. Seulement, personne ne semble accepter de lui faire confiance. En lune de miel dans une petite auberge, il est mis à la porte par le propriétaire. Puis lorsqu'il est en retard au travail, son patron le renvoie sans le laisser s'expliquer. Et pour couronner le tout, un de ses ex-partenaires orchestre un vol de banque en grande pompe et laisse traîner le chapeau d'Eddie sur les lieux du crime. Résultat: il est arrêté, puis condamné à mort. Seulement il est décidé à ne pas mourir, et s'évade finalement pour fuir le pays avec sa femme. Dans les États-Unis de Fritz Lang, pas de pitié pour les ex-prisonniers, pas de réinsertion possible dans cette société qui les recrache comme un corps étranger qui ne peut rien lui apporter. Cela est la thèse de You Only Live Once, seconde partie de la dite "trilogie judiciaire" de Lang, entamée avec Fury.
Eddie Taylor n'est pas un enfant de coeur. S'il est d'abord en prison, c'est pour des crimes qu'il a réellement commis, et non par la faute de quelque erreur judiciaire. Cette prémisse ne le rend donc pas sympathique a priori. C'est son amour pour Joan et le dévouement de cette dernière, qui jette sur lui, en partie grâce aux grands yeux brillants de Sylvia Sidney, un voile de foi et de confiance. Eddie nous semble bien vite être une victime, et ce dès sa tendre enfance. En effet, raconte-t-il à Joan lors d'une promenade au bord de l'eau, sa première incursion dans le monde des pénitenciers est survenue après qu'il ait battu un autre gamin qui venait de tuer une grenouille. Est-ce la société qui force Eddie à demeurer un criminel? Il est permis de le penser. Du moins lorsqu'il s'échappe de prison, retournant à l'état de bête sauvage et fuyant avec sa femme pour vivre dans une voiture et errer sur les routes, traqué par l'univers, sa fuite ne nous paraît pas injustifiée. Il est acquitté de son précédent crime, mais il est trop tard, car en s'échappant de la prison, il a tué. Il est maintenant un assassin, et tout espoir de pardon s'est évaporé. La société a enfin ce qu'elle veut.
Lang dirige plusieurs scènes marquantes, brillamment photographiées, au travers desquelles perce l'influence de l'expressionnisme et du cinéma muet qu'il a si bien maîtrisé. La scène où Eddie arpente sa cellule comme une bête en cage, attendant sa mort prochaine, reste l'une des plus fortes images du film, mise en scène avec beaucoup de soin. Puis, plus tard, celle de l'évasion de prison dans la brume épaisse est d'un esthétisme saisissant. Lang n'a définitivement pas perdu l'oeil (en fait si, mais bon, héhé...). On classe d'ailleurs ce film comme étant l'un des précurseurs du film noir, genre auquel il contribuera grandement. Plusieurs scènes jugées trop violentes par la censure furent d'ailleurs coupées du montage final. Mais You Only Live Once, c'est aussi le père de Bonnie and Clyde, de Badlands et même de Natural Born Killers. Si le fragment qui implique les scènes de cavale ne dure en fait qu'une vingtaine de minutes, il sera tout de même fondateur d'une série d'histoires basées sur un semblable patron. Mais au-delà de la place qu'il occupe dans l'histoire du cinéma, ce film demeure l'un des meilleurs de la période américaine de Lang. Il sera pourtant boudé par le public et échouera injustement au box-office.
This review of You Only Live Once (1937) was written by Nicolas A on 14 Jan 2009.
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