Review of The Wind That Shakes the Barley (2006) by Marion D — 14 Jun 2008
Il y a des films qu'on va voir par envie, d'autres par curiosité, ou encore après avoir lu quelques critiques. Et puis il y a ceux qu'on va voir par "obligation".
The Wind That Shakes The Barley (Le Vent Se Lève) était de ceux-là , parce que lorsqu'on fait des études d'Anglais le "nouveau Ken Loach" fait toujours partie des films à voir.
Seulement voilà , parfois certains films boulversent la donne.
Et là c'est la claque.
On connaissait le Ken Loach social et contemporain, on le découvre témoin de l'Histoire. On connaissait le Loach engagé, on le découvre sans concession ni manichéisme.
Mais ce film est plus que ça, beaucoup plus. Parce que ce portrait de l'Irlande des années 20 est avant tout humain.
Humain parce que brut, violent, plein d'interrogations qui n'ont toujours pas trouvé de réponse. Humain parce que loin de toute compassion mais qui permet tellement de comprendre. Humain parce qu'on peut tous lire dans les yeux de Damien O'Donovan, lui l'étudiant en médecine promis à un avenir brillant si loin de la bombe à retardement qu'est son île. Lui qui ne prendra jamais ce train pour Londres et jurera comme les autres fidélité à une cause qui le dépasse(ra).
"Le vent se lève", mais le souffle d'espoir qu'il a fait naître mourra vite lorsque Damien et les autres se retrouvent témoins/acteurs d'une Irlande qui combat mais surtout qui se déchire. Inexorablement.
Parcours ô combien symbolique que le sien alors qu'on insiste aussi impuissant que lui à la mise en branle de l'engrenage, unstoppable, impitoyable.
Les idéaux s'effritent, la violence prend le dessus. Et on sait déjà comment ça finira. On sait déjà que, de sa propre volonté ou pas, Damien sacrifiera sa vie à la cause. Sa vie. Son amour. Son avenir.
Peut-être le sait-on en réalité depuis ce regard avant de (ne pas) prendre le train...
Et ce regard azur qui nous poursuivra, jusqu'à la fin. Poignant, obsédant. Regard qu'on sait beaucoup trop lucide, beaucoup plus qu'il ne devrait l'être sur sa propre situation et celle de son pays, avec beaucoup plus de recul que ce qu'il voudrait.
Poignant, le film l'est terriblement. Parce qu'on se retrouve tous écorchés vifs face à la violence. La violence des mots, des humiliations, la violence des tortures, la violence des émotions qu'on partage à fleur de peau avec les personnages, la violence de cette impuissance de simples pions face à l'Histoire, la violence de l'injustice destructrice de la réalité, parce que non, l'Histoire n'a jamais pitié.
"I tried hard not to get in that war, but did. Now I'm trying my best to get out of it, but can't." écrit Damien à Sinead...
L'oppression engendre la révolte, la violence n'entraîne que la violence, et au final, il ne subsiste que la (auto-)destruction.
Damien et Teddy (son frère aîné) sont l'allégorie d'une Irlande profondément blessée, ayant soif de liberté, mais qui se retrouvera prise dans une guerre civile, et deviendra malgré elle fratricide. Une Irlande dont la beauté contraste douloureusement avec le climat qui y règne.
"Teddy porte leur casquette plate et ce drap vert à boutons dorés. Damien a gardé son gilet de laine et son vieux revolver. Deux frères se font face. Et alors nous pleurons." (Extrait de la critique de Libération).
Alors oui, j'aime ce film, et j'aime Damien.
J'aime Damien pour ses failles, ses faiblesses, son humanité. J'aime Damien parce qu'il garde cet idéalisme desespéré, le genre d'idéalisme qui seul autoriseà garder espoir, à se maintenir en vie lorsqu'on a assez de recul pour savoir que l'espoir ne sera jamais plus qu'un simple mot. J'aime Damien pour sa vulnérabilité, sa volonté, les larmes dans ses yeux.
Mais surtout, je l'aime pour les larmes qu'il a fait naître dans les miens.
This review of The Wind That Shakes the Barley (2006) was written by Marion D on 14 Jun 2008.
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