Review of Eastern Plays (2009) by Marc L — 14 May 2012
Il existe de toute évidence un modus operandi plus ou moins officiel employé par tout les réalisateurs qui ont l'ambition de tourner un drame social. Pour concocter un bon drame social, il faut de la grisaille, beaucoup de grisaille : c'est important la grisaille, tous les frères Dardenne du monde vous le diront.
Il faut aussi des gens unis par les liens du sang, idéalement des frères, qui se sont égarés dans le grand maëlstrom de l'existence, qui ont plein de problèmes (toxicomanie, relations familiales pourries, appartenance à un gang de nazis) mais qui tentent envers et contre tout de remonter la pente.
Si besoin est, on peut rajouter une femme à la mixture, qui symboliserait la possibilité de rédemption, que les personnages ne peuvent ou ne veulent pas saisir immédiatement. Enfin, en tant que réalisateur militant, il ne faut jamais hésiter à souligner les diverses tares sociales et politiques de l'endroit où on vit (corruption endémique, populisme, racisme, etc) mais sans chercher à y apporter un quelconque point de vue critique : manquerait plus que d'être soupçonné de poujadisme ! Nanti de ces quelques conseils, tout cinéaste débutant devrait parvenir à réaliser un film un peu emmerdant et redondant mais qui récoltera sans problème des fonds européens Media et sera apprécié par des gens qui éprouvent le plus vif intérêt pour les problématiques sociales pour autant qu'ils en soient séparés par un écran.
Et quand un drame personnel s'est noué en coulisse, cela renforce encore le côté "cinéma-vérité" : "Eastern plays" s'inspire en effet du parcours de son acteur principal, Christo Christov, qui joue le frangin toxico, mais qui était réellement toxico et qui est mort pendant le tournage (mais pas dans le film).
Outre le fait qu'il obéit intégralement à toutes les règles citées plus haut, signalons également que "Eastern plays" est un film bulgare. C'est inhabituel un film bulgare, ça surprend.
On se demande ce que cette culture un peu méconnue peut apporter en terme de regard novateur sur le drame social, comment elle perçoit ce qui est dramatique, comment elle le restitue. En un mot, un film bulgare attire parce qu'il est exotique.
Dommage que ce soit, après coup, l'unique raison qui puisse expliquer qu'on ait consacré deux heures à regarder "Eastern plays".
This review of Eastern Plays (2009) was written by Marc L on 14 May 2012.
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