Review of Carnage (2011) by Lee M — 20 Apr 2012
Il fallait se douter que Roman Polanski, grand amateur devant l'éternel de huis-clos vénéneux, n'allait pas laisser passer la chance de porter "Carnage", pièce de théâtre à succès de la française Yasmina Reza, à l'écran.
Un tel concept, aussi simple qu'universel, et une telle viision pessimiste des rapports humains étaient clairement du pain béni pour le réalisateur polonais. Voyez plutôt : deux gamins s'étripent un peu dans la cour de récré.
Leurs parents, bourgeois responsables, matures et conscients de la nécessité de résoudre les conflits par une discussion sereine, se réunissent pour en discuter. Mais le vernis qui sépare les convenances sociales du désir atavique de bouffer son prochain tout cru est bien mince, et commencera à se craqueler dès les premières minutes de la confrontation entre ces adultes bien trop civilisés pour être sincères.
Le fait que l'entièreté du film se déroule dans une seule pièce et les rapports de férocité rentrée qui s'établissent rapidement entre les deux familles donnent à "Carnage" un petit air de vaudeville.
Néanmoins, si les amateurs d'humour noir trouveront leur compte dans la ruine totale et définitive des principes de civilité présentés au départ comme garants de la paix et de l'harmonie, le propos du film reste fondamentalement dramatique tant il développe un impitoyable réquisitoire contre les non-dits et les parts d'ombre de la société prospère et policée dans laquelle nous vivons.
Vu l'espace restreint dans lequel il se déroule, "Carnage" est un pur film d'acteurs : Si Polanski n'est évidemment pas le dernier à savoir diriger ses acteurs efficacement et à mitonner une atmosphère empoisonnée à grands renforts de petits détails imperceptibles et de dialogues vachards cadencés avec une précision d'horloger, il peut également compter sur un casting aux petits oignons : d'une part, Jodie Foster en bobo psychorigide et John C.
Reilly en mari castré qui ne demande qu'à libérer sa masculinité contrariée; de l'autre une Kate Winslet au bord de la crise de nerfs permanente et le suave Christoph Waltz en avocat grossier, méprisant et désinvesti de sa vie de famille.
Cette rencontre de quatre concentrés de frustrations et de névroses incarnées se transformera prestement en une lutte primitive dont les enjeux d'origine passeront au second plan, au gré d'alliances qui se feront et se déferont de façon inattendue.
Et même si "Carnage" se termine un peu abruptement et laisse persister une légère impression d'inabouti, on suit passionnément ce combat à mort pour la possession d'un territoire "moral" avec un délicieux mélange d'incrédulité et de plaisir cynique.
This review of Carnage (2011) was written by Lee M on 20 Apr 2012.
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